[Entrevue] - Rej Laplanche, la voix derrière la scène
- sash gonthier

- il y a 24 minutes
- 5 min de lecture
Avant d’être un visage connu de la télévision ou une voix familière à la radio,
Rej Laplanche a d’abord été un passionné de musique. Un gars de scène, de
shows, de découvertes, de nuits trop courtes passées à parler de punk, de rock et de contre-culture.
Pendant près de dix ans, il a contribué à faire rayonner la musique alternative québécoise à travers différents médiums, devenant pour toute une génération un passeur culturel — celui qui faisait découvrir des bands, des sons et des idées à une époque où l’algorithme n’existait pas encore.
Dans cette entrevue, Rej revient sur son parcours, son rapport à la scène punk, le rôle des médias culturels, et ce que ça signifie, aujourd’hui, de rester fidèle à ses valeurs dans un milieu qui change constamment.
Une discussion franche, sans nostalgie forcée, portée par l’amour sincère de la musique et par le besoin de continuer à transmettre.

1. Pendant près de dix ans, tu as été une voix familière de la scène punk à la télévision. À
quel moment as-tu réalisé que ton rôle dépassait l’animation pour devenir un véritable point
de repère culturel ?
Je crois que c’est venu naturellement, ce n’est pas quelque chose que je cherchais
volontairement. À la base, je voulais juste qu’il y ait plus de clips punks à
MusiquePlus! Mais ensuite, avec les entrevues, les moments marquants avec des
groupes, les tournées et les compilations, j’ai réalisé que mon rôle dans cette
scène-là était probablement plus important aux yeux des groupes et des fans du
Québec. J’ai donc accepté, sans prétention, d’être une des références et d’essayer
d'aider le plus possible les bands d’ici.
2. Quand on n’est pas musicien soi-même, comment se construit la légitimité dans une
scène aussi intense et codifiée que le punk ?
Par l'honnêteté et la transparence et tout ça avec passion? J’ai joué la carte du gars
qui n’était pas musicien au tout début de cette aventure... l’ultime fan qui voulait juste
partager des moments intimes et privilégiées aux gens qui regardaient à la maison.
3. Entre la radio et la télévision, deux médiums très différents, comment ton rapport à la
parole et à la scène punk a-t-il évolué ? Est-ce que l’un t’a permis d’aller plus en profondeur
ou de t’exprimer autrement que l’autre ?
C’est certain que je pense sincèrement avoir aider pas mal plus les groupes et la
scène punk quand j’étais à MusiquePlus. D’ailleurs, je crois qu’il y a un gros vide à ce
niveau là depuis le départ de la station musicale, pis pas juste pour le punk. Pour ce
qui est de la radio, j’ai fait ce que j’ai pu pendant que j’étais en ondes. C’est plus
difficile parce que c’est plus encadré et il y a une ligne directrice à suivre pour la
station, mais je pense avoir réussi à donner de l’amour aux artistes plus marginaux.
En 2026, je crois que mon rôle d'ambassadeur est davantage sur les réseaux-sociaux,
les festivals et les événements.
4. À travers les années, as-tu parfois eu l’impression d’être un lien entre des mondes qui ne
se parlaient pas toujours : l’underground, les médias et le grand public ?
Oui quand même! Ça n’a pas toujours bien passé qu’il y avait une émission punk à la
télé, pour certains ça allait à l’encontre de la philosophie du mouvement. Dans les
premières années, il y a eu des bonnes discussions avec des gens importants de la
scène, pour finalement réaliser de façon assez unanime que 123Punk existait pour le
bien de tout le monde : artistes, fans, compagnies de disques, salles de spectacles,
etc...
5. Donner une tribune à des artistes souvent marginalisés vient avec une responsabilité.
Est-ce quelque chose que tu ressentais consciemment dans ta façon de poser les questions
ou de présenter la scène ?
Oui et non... évidemment c’est quelque chose que j’avais toujours en tête, mais en
même temps, j’avais décidé d’y aller l’approche de la transparence et de ne pas
censurer à moins qu’on dépasse certaines limites qu’on ne devrait jamais dépasser
au quotidien dans une société qui se respecte.
6. Y a-t-il un moment précis — une entrevue, un retour du public ou d’un artiste — où tu as
compris que les mots pouvaient avoir autant d’impact qu’une chanson ?
Je me souviens d’une belle discussion avec Lars Frederiksen de Rancid. C’était à
l’époque du grand débat au sujet de qu’est-ce qui est punk ou pas? Quels groupes
pouvaient en faire partie ou pas? Est-ce les Simple Plan, Sum 41 et Good Charlotte de
ce monde avaient leurs places? Une jasette de 25 minutes dans laquelle Lars a dit en
gros qu’il y avait de la place pour tous ces bands là, qu’il les connaissait
personnellement et ça allait au delà de la musique, bref une discussion qui a changé
l’idée de bien du monde parce que si Lars dit ça, tu es qui pour chialer LOL.
7. Le punk est souvent associé à l’urgence, à la colère et à la jeunesse. Comment ce
discours évolue-t-il quand on le porte sur plusieurs décennies ?
Je pense que le discours se recycle et renaît avec les différentes générations. Il y aura
toujours des enjeux sociaux, il y aura toujours une jeunesse qui questionne et qui se
questionne puis il y aura toujours des situations, dans notre société, qui méritent un
bon débat.
8. Avec le recul, est-ce que ton regard sur la scène punk québécoise est aujourd’hui plus
apaisé, plus critique, ou simplement différent de celui de tes débuts ?
Je dirais que mon regard est pareil. Il y a de nombreux artistes et artisans, remplis de
talent, qui travaillent très fort parce qu’ils sont passionnés par cette scène. La
musique qui se fait ici n’a rien à envier à ce qui se fait ailleurs dans le monde et il y en
a pour tous les goûts. Et les vrais fans sont toujours aussi engagés que v’là 30 ans.
9. Penses-tu que la mémoire des scènes underground est suffisamment préservée au
Québec, ou reste-t-elle encore trop fragile, trop orale ?
Bonne question, je crois que oui. Est-ce qu’il pourrait y avoir plus de documentation
écrite, audio ou visuelle? Absolument! En même temps, j’aime beaucoup l’idée du
bouche à oreille ou au racontage d’histoires et d’anecdotes autour d’une bonne bière.
10. S’il y avait une chose essentielle à transmettre aux nouvelles générations — non pas sur
la musique elle-même, mais sur l’esprit punk — ce serait quoi ?
Faire les choses à sa façon et ne pas embarquer dans le moule, tout en respectant le
choix des autres de faire les choses à leur façon.
11. Aujourd’hui, qu’est-ce qui te rend le plus fier dans ton rôle de communicateur et de
passeur de la scène punk québécoise ?
Qu’il y a encore des vieux routiers qui montent sur les différentes scènes du Québec
pour partager leurs passions. Que ces vieux routiers là ont inspirés une nouvelle
génération de groupes comme General Chaos et Conflit Majeur. Et que malgré
quelques périodes plus difficiles, la scène est toujours bien vivante!

À travers ses mots, Rej Laplanche nous rappelle que la scène musicale ne se résume pas à
des styles ou à des époques, mais à des humains qui choisissent de s’impliquer, de
transmettre et de rester curieux.
Entre la radio, la télévision et les années passées à défendre la musique alternative, son
parcours témoigne d’une chose essentielle : l’importance de donner une voix à ceux qui
créent, souvent dans l’ombre, loin des projecteurs.
Merci à Rej pour sa générosité, sa franchise et son regard lucide sur une scène qui continue
d’évoluer, mais qui a toujours besoin de gens passionnés pour la faire vivre.
Parce qu’au final, la musique n’existe vraiment que lorsqu’elle est partagée.

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