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[entrevue] Emman — Trouver sa voix dans le chaos du métal

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Dans la scène métal québécoise, l’énergie brute et l’intensité ont toujours été au cœur de

l’expérience.


Mais derrière cette puissance sonore se cachent des parcours uniques, souvent façonnés

par la passion, la persévérance et un profond désir d’expression.


Avec Emman, on découvre justement un chemin construit à travers les shows locaux, les

répétitions en sous-sol et les premières prises de micro qui changent tout. Issue de la scène

underground de Sherbrooke, elle incarne cette génération d’artistes qui ont grandi au

contact direct de la musique, en apprenant à se faire une place dans un univers exigeant.


À travers son parcours, on comprend que la scène métal n’est pas qu’une question de

technique ou d’image, mais bien une question d’authenticité, de ressenti et de détermination.


Entrevue avec Emman


Comment es-tu entrée dans la scène métal québécoise ?


Dès l’âge de 14 ans, j’ai commencé à aller voir des shows dans ma ville, Sherbrooke, et à

suivre de près la scène underground métal de l’époque. Je passais de local en local,

traînant avec des bands comme Lost Kidz, Bereft of Release et plusieurs autres. Après

quelques années à graviter autour des pratiques et de l’ambiance musicale, vers mes 16

ans, j’ai décidé un jour de prendre un micro et d’essayer. Tout le monde s’est tourné vers

moi, surpris de m’entendre growler aussi naturellement... et c’est à ce moment-là que tout a

commencé.


Est-ce que tu te souviens de ton premier show sur scène ? Comment tu l’as vécu ?


Je me souviens qu’à cette époque, je n’étais pas encore très à l’aise sur scène. J’étais plutôt

gêné, j’avais de la difficulté à communiquer avec le public et à m’énergiser devant les gens.

Malgré tout, l’envie était là, et chaque spectacle me poussait un peu plus à sortir de ma zone

de confort.

C'est certains que de performer devant des gens que tu connais depuis longtemps, qui sont

aussi dans le domaine de la musique m'intimidait davantage.

Mon tout premier spectacle a eu lieu au Bar Le Magog, avec mon premier groupe où j’ai

réellement screamé, Insomnuit. C’était un projet qui se démarquait avec des paroles en

français, et la présence d’une guitariste féminine, ce qui rendait l’expérience encore plus

marquante pour moi.


À tes débuts, avais-tu des modèles féminins dans la scène locale ou internationale ?


Dans la scène métal, il est certain que ma principale inspiration a été Angela Gossow de

Arch Enemy. Avec le recul, je me rends compte qu’à cette époque, mes modèles étaient en

grande majorité des chanteurs, ce qui a naturellement façonné mon approche et mon

identité vocale.


Est-ce qu’on te parle davantage de ton image que de ta musique ?


Pour ce qui est de l’image, je trouve qu’aujourd’hui, la représentation de la femme dans un

enma en studio

groupe va parfois très loin : toujours plus chic, plus calculée, souvent dans le but d’aller

chercher plus de visibilité et de likes. L’arrivée de la nouvelle chanteuse de Arch Enemy,

Lauren Hart est selon moi un bon exemple : l’image a pris une place beaucoup plus centrale

qu’avant, parfois au détriment de l’authenticité brute qui m’avait d’abord attiré vers cette

scène.

Pour moi, l’image n’a jamais été l’aspect le plus important. Ce qui compte réellement, c’est

l’énergie dégagée sur scène et la technique vocale ; ce sont ces éléments-là qui me

semblent les plus authentiques, les plus valorisants et les plus durables.


As-tu déjà ressenti un traitement différent — que ce soit du public, d’autres musiciens

ou de l’industrie ?


Personnellement, je n’ai pas vraiment d’exemple marquant d’inégalité à souligner. J’ai

souvent partagé la scène avec des musiciens et des amis qui respectaient mes créations et

me laissaient pleinement ma place. La seule chose qui me revient en tête concerne surtout

les moments de load in et load out, où j’ai parfois entendu des commentaires du genre : «

Fais attention, ça c’est peut-être trop lourd pour toi », souvent dits sur un ton léger, mais qui

en disent quand même long.


Quel message aimerais-tu envoyer aux jeunes filles qui veulent se lancer dans le

métal aujourd’hui ?


Le message que j’aimerais transmettre aux jeunes femmes, c’est de poursuivre leurs rêves,

d’oser accomplir des choses qui, il y a encore quelques années, semblaient presque

impensables. De prendre la place qui leur appartient pleinement. Les femmes ont autant leur

place sur une scène — et même plus encore.


Au-delà du militantisme ou de la scène, qu’est-ce que la musique t’a permis de

devenir comme personne ?


L’image est illusoire. Le véritable moteur, c’est le talent et la capacité de faire ressentir la

passion — c’est ça qui compte réellement.


photo de enma avec bless the evil en 2026
bless the evil en 2022

Est-ce que tu sens que les choses évoluent ? Si oui, à quel rythme ?


Je ressens aussi que l’ouverture envers les femmes dans le métal est en grande

progression. Bientôt, une « gueuleuse » dans un groupe ne sera plus perçue comme une

spécialité, mais simplement comme une normalité.


Le parcours d’Emman rappelle que derrière chaque voix se cache une histoire faite de

doutes, d’essais et de moments décisifs.

De ses premiers pas dans la scène underground jusqu’à sa place actuelle derrière le micro,

son évolution témoigne d’une réalité simple : la légitimité ne se donne pas, elle se construit.


Et si la scène métal continue d’évoluer aujourd’hui, c’est grâce à ces artistes qui prennent

leur place sans attendre la permission.


Parce qu’au final, ce n’est ni l’image ni les attentes qui définissent une artiste — mais bien la

passion qu’elle transmet et l’impact qu’elle laisse derrière elle.


entrevu par Sash Gonthier

photo par Joé Lacerte ( joeweller photographe 2.0 )



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