[Entrevue] Victoria Mladenovski — Quand une voix trouve le moment d’éclore
- sash gonthier

- il y a 2 minutes
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Dans la scène hardcore, les femmes ont toujours été présentes — sur scène, dans la foule
ou derrière l’organisation des événements. Pourtant, leurs parcours et leurs histoires sont
encore trop rarement racontés.
Avec Victoria Mladenovski, vocaliste du groupe Peer Pressure, on découvre justement l’une
de ces voix qui participent activement à faire vivre cette scène. Derrière le micro se trouve
une passion née très jeune, nourrie par les disques empruntés à son frère et par les
premiers shows découverts à l’adolescence.
Aujourd’hui, entre la musique, les tournées et son travail de tatoueuse, Victoria poursuit un
parcours guidé par la passion et la création. Plus qu’une simple présence sur scène, son
histoire rappelle que dans cette culture, chacun peut trouver sa place — à condition d’oser la
prendre.

Entrevue avec Victoria Mladenovski
Qu’est-ce qui t’a amenée vers la scène hardcore au départ ?
En grandissant avec un frère plus vieux qui jouait de la batterie et qui était actif dans des
bands, ça m’a vraiment aidée à découvrir la scène. Je lui volais littéralement tous les CDs
qu’il ramenait à la maison et je les écoutais en boucle. C’est vraiment là que tout a
commencé pour moi, probablement autour de mes dix ans.
J’ai commencé à aller à des shows vers 13 ou 14 ans. J’ai grandi en Ontario, donc la plupart
des shows où j’allais étaient dans une salle qui s’appelait The Dungeon, à Oshawa. Cet
endroit-là a vraiment été une grosse porte d’entrée pour moi dans la scène hardcore et dans
la musique live en général.
À quel moment as-tu réalisé que tu voulais y prendre ta place activement ?
Comme j’ai commencé à aller à des shows assez jeune, j’ai toujours aimé supporter les
bands qui passaient. J’adorais acheter du merch, surtout pour encourager les plus petits
bands sur l’affiche.
Quand j’étais plus jeune, j’ai aussi eu une guitare électrique et j’adorais jammer. Mais je n’ai
jamais vraiment eu l’impression d’être « assez bonne » pour être dans un band. J’aime
encore jouer aujourd’hui, mais surtout pour le fun.
Au fond de moi, ce que je savais vraiment, c’est que je voulais crier.
Je me rappelle qu’un ami de mon frère était venu jammer chez nous un moment donné, et je
lui ai demandé s’il pensait que je pourrais être dans un band un jour. Il m’a simplement
répondu : « Ben oui, pourquoi pas? Moi je l’ai fait. » Je me souviens encore très clairement
de ce moment-là.Je n’avais pas encore le courage de me lancer à ce moment-là. Mais il y a un peu plus de
dix ans, j’ai rencontré mon chum, Michael Landry. Il est chanteur — et vraiment excellent —
mais aussi bassiste et guitariste. Sérieusement, il est multi-talentueux.
La première fois que je l’ai vu performer avec son band Feels Like Home, quelque chose a
cliqué en moi. Le voir sur scène a allumé un feu.
Je lui ai posé exactement la même question que j’avais posée à l’ami de mon frère des
années avant : « Tu penses que je pourrais faire ça, moi aussi? »
Et il m’a répondu : « Ben oui, pourquoi pas. Fais-le. »
Fait que… le lendemain matin, je me suis levée et j’ai parti un fucking band hardcore,
tabarnak.

Selon toi, est-ce qu’être une femme dans la scène hardcore change encore
l’expérience aujourd’hui ?
Je ne pense pas que mon genre change vraiment l’expérience pour moi. Je suis fière d’être
une femme, et je suis fière d’être vocaliste.
Par contre, ce que je remarque, c’est que ça peut donner du courage à d’autres femmes —
ou à n’importe qui qui a l’impression de ne pas avoir sa place. Si le fait de me voir sur scène
peut donner à quelqu’un l’envie de se lancer aussi, je trouve ça vraiment cool.
Pour moi, être là, c’est un peu ouvrir des portes. Pas juste pour les femmes, mais pour
toutes les personnes qui ont l’impression de ne pas « fitter ». Tout le monde a une place s’il
décide de la prendre.
As-tu déjà senti qu’on te percevait différemment sur scène ou en dehors de celle-ci ?
Oui, ça arrive. Il y a parfois encore un petit facteur de surprise quand les gens voient une
femme sur scène dans un band hardcore.
Mais honnêtement, je ne pense pas toujours que ça vient d’une mauvaise intention. Ce n’est
pas parce que les femmes ne peuvent pas le faire — c’est juste que toutes les femmes n’ont
pas nécessairement envie de le faire.
Un de mes moments préférés dans les shows, c’est quand les femmes dans la foule
avancent vers l’avant et commencent à se lancer dans le pit. Cette énergie-là est incroyable.
Venez, on devient folles ensemble.
Existe-t-il encore des attentes ou des stéréotypes liés au genre dans le hardcore ?Honnêtement, au niveau des attentes, je dirais non — à part juste sortir, jouer et avoir du
fun.
Des stéréotypes, il y en a partout sur tout. Si on passe trop de temps à penser à ça, on finit
par ne plus profiter de rien.
Personnellement, j’essaie de ne pas trop y porter attention. Je fais simplement ce que j’aime
et je me concentre sur la musique. C’est peut-être aussi pour ça que je le remarque moins.

As-tu déjà eu l’impression de devoir prouver davantage ta crédibilité ou ta
compétence ?
Oui, ça m’est arrivé d’en voir un peu plus à mesure que le band progresse.
Quand tu commences à avoir des plus gros shows, des festivals ou des tournées, tu
remarques parfois qu’il y a des gens qui deviennent un peu jaloux.
J’ai déjà vu des commentaires qui disaient que certaines opportunités arrivaient juste parce
que je suis une femme, ce qui est honnêtement assez ridicule.
Au début, ça me mettait en colère. Maintenant, ça me fait juste réaliser qu’on doit faire
quelque chose de bien.
Le hardcore, c’est de la musique. Et la musique, c’est pour tout le monde. Il ne faut pas
diminuer le talent de quelqu’un à cause de son genre. Supportez la musique.
Et au final, je continue simplement à le prouver en travaillant : plus de shows, plus de
festivals, plus de tournées.
On est vraiment juste en train de commencer.
Comment décrirais-tu la place réelle des femmes dans les line-ups, les coulisses et
l’organisation des événements ?
Honnêtement, je n’ai pas vraiment remarqué de différence. Je suis traitée de la même façon
que les autres membres de mon band, et c’est exactement comme ça que ça devrait être.
C’est aussi de moins en moins rare de partager un line-up avec d’autres femmes. À ce
point-ci, ça me semble simplement normal — et honnêtement, je pense que ça l’a toujours
été.
La différence aujourd’hui, c’est qu’il y a beaucoup plus de médias qui documentent la scène.
On voit plus de photos, de vidéos, de coverage. Ça nous permet de réaliser combien de
femmes ont toujours fait partie de cette scène.J’aimerais aussi donner un shout-out à tous les promoteurs, photographes, organisateurs et
bookers avec qui on a travaillé. Vous avez tous été incroyables avec nous, et c’est vraiment
apprécié.

Ressens-tu une solidarité féminine dans la scène actuelle ?
Oui, je vois clairement des femmes qui se supportent entre elles dans la scène.
Personnellement, j’adore supporter les autres femmes, tout comme j’adore supporter les
bands et les artistes en général.
En ce moment, on sent qu’il y a un mouvement un peu plus fort pour s’encourager entre
femmes, et je pense que c’est vraiment important.
Le monde est un peu chaotique ces temps-ci, et la moindre des choses qu’on peut faire,
c’est de se soutenir et de se lever les unes les autres.
Ce genre de solidarité rend la scène plus saine et plus accueillante pour tout le monde.
Vois-tu une évolution depuis tes débuts ?
Comme je le disais, aujourd’hui il y a beaucoup plus de médias autour de la scène.
À cause de ça, c’est parfois difficile de savoir s’il y a vraiment plus de femmes qu’avant, ou
si on les voit simplement plus.
Les réseaux sociaux et les vidéastes documentent beaucoup plus les shows maintenant,
donc tout devient plus visible.
Personnellement, j’ai grandi en écoutant des femmes dans le metal — des bands comme
Kittie — donc pour moi, la présence des femmes dans la musique lourde n’a jamais été
quelque chose de « nouveau ».
Par contre, je pense que la visibilité d’aujourd’hui aide à normaliser ça et à inspirer encore
plus de femmes à entrer dans la scène.
Comment concilies-tu ton identité artistique avec les différentes facettes de ta vie
créative (musique, tatouage, etc.) ?
L’équilibre? Quel équilibre?
Honnêtement, ma vie fonctionne surtout à la passion. Je me lève chaque jour avec une
mentalité de « go get it », même les journées où je suis brûlée ou où j’aurais envie de
ralentir.
La musique, le tatouage, les tournées, créer — tout ça vient de la même énergie créative
pour moi.Ce qui est vraiment cool, c’est que ces mondes-là se croisent souvent. Une grosse partie de
mes clients de tattoo ont découvert mon band avant de me découvrir comme tatoueuse, ce
qui est quand même assez fou.
Des fois je blague en disant qu’ils font peut-être juste semblant d’aimer la musique pour
avoir un rabais… ce qui serait quand même un move assez smooth.
Mais la vraie raison pourquoi ce style de vie fonctionne, c’est mon partenaire. On partage les
mêmes passions et la même drive, puis on est capables de tourner et de bâtir cette vie-là
ensemble.
Avoir quelqu’un qui comprend ce chaos-là, ça change tout.
Fait que peut-être que le secret de « l’équilibre », c’est pas vraiment l’équilibre — c’est
d’avoir les bonnes personnes à tes côtés pendant que tu poursuis ce que t’aimes.
Quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes femmes qui veulent entrer dans
cette scène aujourd’hui ?
Si j’avais un message à dire aux jeunes femmes qui veulent entrer dans cette scène-là, ce
serait simple : fais-le.
Fais-le pour toi. Pas pour impressionner quelqu’un, pas pour prouver quelque chose à qui
que ce soit — parce qu’au final, la plupart des gens sont trop occupés à vivre leur propre vie
pour remarquer.
La seule opinion qui doit vraiment compter, c’est la tienne.
Si tu veux partir un band, pars-en un. Si tu veux crier sur une scène, fais-le. Si tu veux
organiser des shows, les filmer, les photographier ou créer autour de cette culture-là — la
scène a besoin de tout ça.
Le moment où tu fais le premier pas, t’en fais déjà partie.
Beaucoup de gens passent leur vie à courir après la fierté personnelle. Au lieu de la courir
après, crée-la. Construis-la.
On est tous un peu comme des fleurs qui attendent le bon moment pour éclore.
Et quand tu vas éclore, tu pourrais inspirer quelqu’un d’autre à faire la même chose.
Je crois en toi.
Et si jamais tu as besoin de soutien — écris-moi. Je suis avec toi. Dans une scène souvent associée à la puissance et à l’intensité, le parcours de Victoria
Mladenovski rappelle que la musique reste avant tout une histoire de passion, de
communauté et de création.
Entre les premiers shows découverts à l’adolescence et les tournées qu’elle entreprend
aujourd’hui avec Peer Pressure, son parcours montre qu’il suffit parfois d’un moment, d’un
encouragement ou d’une décision pour transformer une passion en réalité.
Et comme elle le dit elle-même, chacun finit par trouver son moment.
Celui où une voix décide enfin d’éclore.
Liens de Peer Pressure:
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peerpressurehcąc?
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Crédit photos :
@shot.by.demon https://www.instagram.com/shot.by.demon/
Entrevue réalisée par :
Sacha Gonthier
L’Asile Musicale Média

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